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David Vocadlo et l’innovation biotechnologique au Canada

David Vocadlo
David Vocadlo, Chaire de recherche du Canada en biologie chimique

Récemment nommé l’un des 40 meilleurs leaders de moins de 40 ans, David Vocadlo, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biologie chimique de la Simon Fraser University, dirige une équipe de recherche multidisciplinaire de 15 personnes dans un domaine en pleine expansion de la biologie chimique que l’on appelle la « glycobiologie », soit l’étude du rôle que jouent les glucides quant aux processus biologiques.

De plus, il est cofondateur et agent scientifique en chef d’Alectos Therapeutics, une compagnie dérivée biopharmaceutique universitaire qui se consacre à la découverte et à l’élaboration de médicaments novateurs permettant de lutter contre certaines maladies, notamment la maladie d’Alzheimer et divers cancers.

Le Secrétariat du Programme des chaires de recherche du Canada a interrogé M. Vocadlo afin de connaître ses impressions sur la distinction qu’il a récemment reçue et sur l’état actuel de l’innovation scientifique au Canada.

Secrétariat : Comment vous sentez-vous d’avoir été nommé parmi les 40 meilleurs leaders de moins de 40 ans?

D. V. : C’est un grand honneur, et je trouve cela très flatteur. Il y a beaucoup de bons chercheurs dans plusieurs domaines, et je me compte chanceux de recevoir cette distinction.

Secrétariat : Vous êtes récompensé pour votre travail sur la glycobiologie. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit?

D. V. : L’objectif général de la glycobiologie est de comprendre le rôle que jouent les différents types de glucides en biologie. Quand on dit « glucides », on pense habituellement au glucose et au sucrose, c’est-à-dire le sucre ordinaire. Et ceux qui ont des connaissances plus poussées pensent à la pâte et au papier, c’est-à-dire la cellulose. Mais il existe différents types de sucres, et ils jouent un rôle précis qui est d’une grande importance. On les retrouve dans les bactéries, les plantes, les insectes et les mammifères. Autrement dit, partout où il y a de la vie, il y a différents types de glucides. Le but du laboratoire est de créer des outils de chimie qui permettent de comprendre comment les glucides participent à certains processus biologiques en mettant l’accent sur une recherche et une compréhension de base, mais en gardant à l’esprit une utilisation possible dans le domaine de la santé et pour les maladies.

Nos travaux les plus reconnus concernent la glycobiologie chimique, pour laquelle on a étudié la manière dont certains sucres sont transférés des cellules à différentes enzymes. Savoir comment les enzymes réalisent ce processus nous a permis de faire appel à des sondes chimiques pour bloquer l’effet qu’ont ces enzymes dans les cellules. Ces sondes sont très utiles pour la communauté des chercheurs.

Secrétariat : En quoi sont-elles utiles?

D. V. : Selon certains de nos travaux de recherche sur les sondes chimiques, il est devenu évident qu’il y a une possibilité de recherche translationnelle et qu’on pourrait donc créer de nouveaux médicaments et de nouveaux traitements. On a donc mis sur pied une compagnie dérivée, Alectos Therapeutics, à la Simon Fraser University. Cette compagnie a mené à une collaboration de recherche et à une entente d’accréditation avec Merck pour faire de la recherche et créer des sondes qui peuvent contribuer à traiter la maladie d’Alzheimer. Je pense que cela montre bien que la recherche fondamentale peut mener à des applications et à des possibilités de recherche translationnelle.

Secrétariat : Que pensez-vous du processus qui consiste à mettre les résultats de la recherche universitaire en application dans le milieu commercial?

D. V. : En général, au Canada, il y a beaucoup de personnes passionnées par des idées qui veulent savoir si elles peuvent obtenir des résultats de recherche qui sont utiles au grand public pour le milieu des affaires ou la création de politiques publiques. En matière de sciences, les compagnies pharmaceutiques et biotechnologiques s’intéressent à la création de nouveaux traitements médicaux, car un grand nombre de brevets liés à d’importants médicaments arrivent à échéance. En bout de ligne, elles savent qu’une grande partie de l’innovation a lieu dans les universités et dans les petites compagnies de biotechnologie.

Secrétariat : Donc, l’industrie veut vraiment collaborer avec des chercheurs universitaires?

D. V. : Les universités sont un très bon endroit pour découvrir de nouvelles approches, car on y met l’accent sur des idées novatrices et des technologies de pointe. La nouveauté y est un important objectif. Malgré tout, il existe une tension naturelle entre le fait que des universitaires fassent de la recherche fondamentale et le fait de prendre une idée pour travailler à sa mise en application. Pour y arriver et pour bien faire les choses, il faut pouvoir changer de perspective. On doit être capable de faire de la recherche fondamentale et de s’assurer qu’elle est efficace et intéressante pour que d’autres chercheurs universitaires s’y intéressent et la fassent progresser. Il faut aussi s’assurer que les étudiants et les chercheurs postdoctoraux qu’on forme peuvent publier les résultats de leurs travaux et obtenir des postes intéressants.

Quand on regarde le côté commercial des choses, pour mettre des idées en application, il faut penser différemment, car on doit être tenace et pratique pour ce qui est de savoir s’il y a un vrai potentiel. Et il faut une validation de principe claire, ce qui peut être moins intéressant que les premiers résultats, mais qui est crucial pour prouver aux autres que c’est un sujet qu’ils pourraient vouloir étudier afin d’essayer d’en faire un produit rentable. L’écart entre la découverte et le passage à un produit qui a une valeur économique peut donc décourager certains chercheurs, car le travail qui doit suivre peut être moins stimulant sur le plan intellectuel.

Secrétariat : Selon votre expérience de la communauté des chercheurs canadiens, y a-t-il de nouvelles tendances pour ce qui est de la mise en application d’idées sur le marché, par exemple en ce qui concerne le rôle des étudiants des cycles supérieurs et les chercheurs postdoctoraux?

D. V. : Dans notre cas, la recherche universitaire et la recherche fondamentale sont séparées de la mise en application. Mes étudiants des cycles supérieurs ne participent pas à l’aspect commercial de la recherche, car ils ne font que de la recherche fondamentale. Et je pense que c’est important, car, en tant que formateur et mentor, on doit s’assurer avant tout que les étudiants deviennent de bons scientifiques et qu’ils sont formés pour faire de la recherche fondamentale. Je crois que, quand ces aspects commencent à trop se mélanger, cela peut rendre les choses difficiles et entraîner des défis pour ces nouveaux chercheurs.

Mais la tendance à faire passer des idées du laboratoire au marché existe depuis longtemps. La plupart des compagnies de biotechnologie qui ont été fondées au Canada au fil des ans sont basées sur la recherche universitaire. C’est une réalité bien ancrée chez les Canadiens, mais il faut la reconnaître, l’apprécier et l’encourager pour maintenir et exploiter cette tendance. Selon moi, quand on utilise l’expression « économie du savoir », il faut prendre conscience que la recherche fondamentale effectuée au Canada  – là où elle peut être mise en application – correspond à ce concept. En bout de ligne, la recherche fondamentale est la source de l’innovation. Je crois qu’il faut reconnaître son importance.

Le Canada doit investir dans la recherche fondamentale et tirer profit de la qualité de cette recherche pour générer une activité économique grâce à l’innovation axée sur la mise en application. Il faut le faire pour que le Canada reste concurrentiel en tant que pays novateur. Et la participation à des travaux de recherche dont les résultats peuvent être mis en application peut être très passionnante et très motivante pour les nouveaux chercheurs, donc elle est importante, mais on doit être prudent pour s’assurer qu’elle ne nuit pas à leur perfectionnement professionnel.

Secrétariat : Comment le secteur public pourrait-il jouer un plus grand rôle pour ce qui est de favoriser les relations entre les universités ou les chercheurs et le secteur privé?

D. V. : Il existe un bon nombre de programmes – dont le Programme d’aide à la recherche industrielle – qui visent à aider les petites compagnies à faire de la recherche. On offre des mesures incitatives fiscales à des compagnies pour qu’elles effectuent de la recherche  scientifique et du développement au Canada. Il y a aussi des organismes subventionnaires fédéraux – dont les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) – qui ont des programmes qui favorisent la création de technologies qui peuvent mener à la mise sur pied de compagnies dérivées et à la commercialisation de produits et de technologies.

Cela étant dit, au Canada, il n’y a pas autant de capital de risque qu’aux
États-Unis. C’est un élément qui nuit à une rapide croissance des compagnies de biotechnologie canadiennes. Un autre point est qu’il n’y a pas beaucoup de compagnies pharmaceutiques au Canada, ce qui rend les partenariats difficiles au pays. Ce qui serait vraiment bon pour le Canada, c’est que plus de compagnies de biotechnologie puissent devenir des organisations stables. Cela nécessiterait une certaine culture qui inciterait à faire grandir une petite compagnie de biotechnologie pour la faire prospérer, et non pour la vendre, ce qui permettrait une croissance de ce type de compagnies. Les petites compagnies de biotechnologie sont novatrices et souples, donc elles peuvent facilement changer d’orientation, mettre l’accent sur un élément précis et faire preuve de créativité pour trouver des solutions. C’est le grand avantage des compagnies de biotechnologie, et il est difficile de conserver une culture d’efficacité et d’innovation quant une compagnie prend de l’ampleur, mais cela sera de plus en plus essentiel à mesure que la compétitivité augmentera.

Bref, je suppose qu’il faut favoriser une culture axée sur la prise de risques dans le milieu des affaires et le monde universitaire et offrir des mesures incitatives intéressantes à ceux qui prennent ces risques. On doit encourager les chercheurs à faire progresser la technologie et à créer des compagnies. En principe, le gouvernement pourrait concevoir des programmes qui permettent d’adopter ce genre d’approche.

Secrétariat : Et maintenant?

D. V. : Pour l’instant, je travaille à Montpellier, en France, à l’Institut de génétique humaine, un chef de file de l’épigénétique, qui est l’étude des modifications de l’expression génétique provoquées par des facteurs autres que les changements liés à la séquence d’ADN. Je suis venu ici pour en savoir plus sur l’épigénétique et entreprendre de nouveaux projets très intéressants.

Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur la recherche de David Vocadlo, veuillez consulter son profil de titulaire de chaire de recherche du Canada.