En eaux dangereuses


Un scientifique marin de renommée internationale guide le monde dans sa recherche de solutions à l’évolution rapide des océans

Date de publication : 2024-06-07 10:30:00

Récif de corail aux Philippines.

Récif de corail aux Philippines.

Photo : William Cheung


Les changements climatiques, la pollution et la surpêche sont autant de facteurs qui précipitent les océans dans des conditions de plus en plus dangereuses.

Selon William Cheung, scientifique marin de renommée mondiale, professeur et directeur de l’Institute for the Oceans and Fisheries à l’University of British Columbia (en anglais) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la durabilité des océans et le changement climatique, nous nous trouvons à un carrefour et il est vital de rapidement prendre des mesures pour freiner la courbe et renverser les tendances de dégradation des océans.

Ayant grandi dans une communauté côtière de Hong Kong, M. Cheung a vu de ses propres yeux comment les écosystèmes marins changent en raison de la surpêche et de la transformation de l’habitat côtier. « J’ai une expérience de l’océan bien différente de celle de ma mère, de mon père et de mes grands-parents », explique-t-il.

Aquaculture intégrée d’algues et d’ormeaux à Xiamen, en Chine

Aquaculture intégrée d’algues et d’ormeaux à Xiamen, en Chine.

Photo : William Cheung


« L’océan se réchauffe et nous assistons au déclin à long terme de la vie marine à l’échelle mondiale, prévient-il. Depuis les années 1950, nous avons perdu au moins la moitié de la biomasse des ressources halieutiques. La majorité des ressources halieutiques mondiales est pleinement exploitée ou surexploitée. Le plastique et les polluants chimiques affectent la santé de la vie marine. Or je veux que mes nièces et neveux, tout comme la jeune génération, puissent profiter de la biodiversité marine et des fruits de mer dont mes grands-parents, mes parents et moi-même avons profité. »

Selon le chercheur, ces données sonnent un véritable signal d’alarme, car l’océan absorbe environ 25 p. 100 des émissions de dioxyde de carbone issues des activités humaines et plus de 90 p. 100 de l’excès de chaleur générée par ces émissions. Puisque les océans sont plus chauds et plus acides, la biodiversité marine et les avantages qu’elle nous procure en souffrent. Sans les océans pour absorber cette chaleur, le monde serait beaucoup moins habitable pour l’être humain et de nombreuses autres espèces. Les océans nous sauvent la vie, mais à un coût incroyablement élevé pour la vie marine et les communautés côtières.

« La dégradation des océans n’est pas viable pour la vie marine et les nombreuses communautés humaines qui en dépendent, déclare M. Cheung. L’alarme est sonnée et nous devons commencer à agir immédiatement. »

Le lien entre l’alimentation, le climat et la biodiversité

Nommé par Reuters comme l’un des 20 climatologues les plus influents au monde (en anglais), William Cheung cherche à découvrir, grâce à sa chaire de recherche du Canada, comment les océans peuvent soutenir la vie et favoriser le bien-être de l’être humain et la sécurité alimentaire tout en contribuant à réduire les effets des changements climatiques et à préserver la biodiversité. C’est ce qu’il appelle le lien entre l’alimentation, le climat et la biodiversité.

« L’alimentation, le climat et la biodiversité sont des dimensions interconnectées, explique M. Cheung. Nous avons besoin d’océans sains pour assurer une alimentation durable. La bonne santé des océans permet d’atténuer les changements climatiques et de s’y adapter. En outre, la gestion efficace de la production de denrées issues de la pêche et de l’aquaculture contribuera à restaurer et à reconstituer la biodiversité et les ressources halieutiques. L’objectif de recherche est de trouver des solutions à ces trois défis mondiaux ».

Projet à l’échelle mondiale

Bateaux de pêche artisanale débarquant leurs prises à Cape Coast, au Ghana

Bateaux de pêche artisanale débarquant leurs prises à Cape Coast, au Ghana.

Photo : William Cheung


Monsieur Chueng dirige un projet de partenariat intitulé Solving Sustainability Challenges at the Food-Climate-Biodiversity Nexus (en anglais). Financé par le CRSH sur une période de six ans, ce projet rassemble des chercheuses, des chercheurs, des praticiennes et des praticiens de renommée mondiale issus d’instituts universitaires, d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales et d’organismes gouvernementaux qui mènent des recherches, examinent les politiques et étudient les actions humaines à la jonction de la sécurité alimentaire, de l’atténuation des changements climatiques et des objectifs de conservation de la biodiversité.

Le projet s’articule autour de cinq études de cas dans le monde. En Colombie-Britannique, des équipes étudient comment la réconciliation avec les communautés côtières autochtones peut permettre d’atteindre la sécurité et la souveraineté alimentaires afin de remédier aux effets des changements climatiques sur les produits de la mer traditionnels, notamment le déclin des populations de saumon. En Chine, une équipe examine les avantages de la culture d’algues pour le climat, la biodiversité et la sécurité alimentaire. Au Costa Rica, des chercheuses et chercheurs se penchent sur des solutions naturelles pour gérer la pollution et les changements climatiques afin de soutenir la pêche côtière à petite échelle et la biodiversité dans le golfe de Nicoya. Au Ghana et au Nigeria, des équipes étudient les avantages d’une gestion durable de la pêche pour les moyens de subsistance côtiers, la sécurité alimentaire et l’adaptation au climat. Enfin, aux Pays-Bas, des chercheuses et chercheurs explorent les avantages des systèmes alimentaires respectueux de la nature pour l’être humain et la biodiversité.

« Ces études de cas permettront de faire progresser un ensemble de méthodes de recherche, notamment l’élaboration de scénarios ainsi que la modélisation et l’analyse des décisions et des politiques, afin d’explorer les solutions possibles pour résoudre le problème du lien entre l’alimentation, le climat et la biodiversité, souligne M. Cheung. Notre objectif est de présenter diverses perspectives et voies vers un avenir souhaitable et durable pour les océans. »

Implications politiques

Les recherches de M. Cheung ont contribué à l’élaboration de politiques aux niveaux national et international. Ses données et projections scientifiques sont souvent utilisées dans les négociations et discussions internationales sur les changements climatiques par l’intermédiaire du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. De plus, au cours des dix dernières années, M. Cheung a travaillé avec plusieurs organismes internationaux, dont la Banque mondiale et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, afin de les aider à évaluer les effets des changements climatiques sur les ressources marines.

« Une grande partie de mes recherches est motivée par les besoins des responsables politiques, des pays et des communautés locales, précise M. Cheung. Je veux que mon travail contribue à un avenir meilleur pour les océans et les populations du monde entier ».


Vous voulez en savoir plus?

Découvrez The Sea Around Us (en anglais), une initiative de recherche de l’University of British Columbia qui évalue l’impact de la pêche sur les écosystèmes marins du monde entier. Écoutez également une conversation avec William Cheung (en anglais) au sujet de l’impact des changements climatiques sur les écosystèmes marins.