Trevor Birmingham, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en réadaptation musculosquelettique, développe une approche biomécanique susceptible de ralentir la progression de l’arthrose du genou
Date de publication : 2026-05-11 12:00:00
Analyse en 3D de la marche effectuée au Wolf Orthopaedic Biomechanics Lab.
Photo : Western University
Des douleurs articulaires profondes et lancinantes accompagnées d’une raideur et d’une amplitude de mouvement réduite empêchent quelque quatre millions de Canadiennes et Canadiens souffrant d’arthrose de vivre pleinement leur vie. Le genou est l’articulation arthrosique la plus touchée. Par conséquent, beaucoup de gens vivent dans la douleur pendant plusieurs années (voire des décennies) en attendant le moment le plus propice pour subir une arthroplastie du genou, la façon définitive de traiter cette maladie.
« L’arthrose du genou provoque des douleurs et réduit la mobilité. Elle limite la capacité à rester actif, à rester en santé, à travailler et à pratiquer des activités récréatives », explique Trevor Birmingham, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en réadaptation musculosquelettique. « Le coût personnel et financier de ce type d’arthrose est énorme. »
Physiothérapeute et biomécanicien de formation, M. Birmingham est codirecteur du Wolf Orthopaedic Biomechanics Lab à la clinique de médecine sportive Fowler Kennedy de la Western University. Outre des équipements modernes pour l’analyse de la marche et l’imagerie, ce laboratoire de biomécanique à la fine pointe de la technologie est un espace transdisciplinaire qui rassemble des spécialistes de la santé et des scientifiques pour réfléchir à des approches novatrices pour traiter les troubles musculosquelettiques.
Récemment, M. Birmingham et son équipe ont publié les résultats d’un essai clinique (en anglais) financé par les Instituts de recherche en santé du Canada. Leurs travaux ont démontré que l’ostéotomie tibiale haute, une intervention chirurgicale peu connue, réduisait non seulement la douleur et d’autres symptômes, mais ralentissait aussi considérablement la progression des lésions articulaires chez les personnes souffrant d’arthrose modérée du genou. L’essai clinique a été minutieusement conçu avec des protocoles en aveugle et des partenaires externes pour garantir la validité et la fiabilité des résultats.
« À notre connaissance, notre étude est la première à démontrer que le traitement de l’arthrose du genou peut modifier l’évolution naturelle de la maladie, à la fois en ralentissant les lésions articulaires et en améliorant les symptômes deux ans après l’intervention », explique le chercheur.
Deux opérations, deux histoires
Préparation d’un patient pour une analyse en 3D de la marche au Wolf Orthopaedic Biomechanics Lab.
Photo : London Health Sciences Centre Research Institute
Trevor Birmingham souligne que les résultats de son étude ne s’appliquent pas à toutes les personnes souffrant d’arthrose du genou, car les 145 participantes et participants à l’essai partageaient deux points communs : une arthrose modérée (et non en phase terminale) et un axe en varus (jambes arquées).
L’axe en varus est un facteur de risque d’arthrose du genou. Même si tout le monde exerce une pression plus importante sur la partie interne des genoux en marchant, les personnes ayant les jambes arquées le font encore plus, ce qui accélère la dégénérescence des tissus. L’ostéotomie tibiale haute permet de réduire cette pression.
Jeffrey Gray, aide-soignant dans le sud-ouest de l’Ontario, a subi une ostéotomie tibiale haute en septembre 2025 après avoir pris, pendant de nombreuses années, des stéroïdes et des analgésiques.
« Aucun traitement ne fonctionnait, explique-t-il. Pendant six ans, je souffrais le martyre en marchant. Puis on m’a recommandé la clinique Fowler, où j’ai appris que ma douleur était liée à une grave déformation des jambes dont je souffrais depuis la naissance. »
Selon M. Gray, aller de l’avant avec l’opération est l’une des meilleures décisions qu’il n’ait jamais prises puisque 90 % de sa douleur a disparu.
« Contrairement aux chirurgies du genou qui consistent à retirer ou à remplacer les structures articulaires endommagées, l’ostéotomie tibiale haute tente de préserver ces structures en redirigeant plutôt la pression qui s’exerce sur l’articulation, explique M. Birmingham. Il s’agit avant tout d’une intervention biomécanique. »
L’équipe de recherche a mené une autre étude démontrant que 79 % des personnes traitées par ostéotomie tibiale haute ont pu éviter une arthroplastie du genou par la suite.
Bien que ces résultats ne s’appliquent qu’à une partie des personnes atteintes d’arthrose du genou, les études ont des implications plus larges, car elles montrent que la correction d’une biomécanique inadéquate peut entraîner des bénéfices à long terme.
Norme de soins
Bien que l’ostéotomie tibiale haute occupe le devant de la scène, M. Birmingham souligne l’importance du traitement non chirurgical de l’arthrose du genou. L’ensemble des participantes et participants à l’essai, qu’elles et ils appartiennent au groupe chirurgical ou au groupe témoin, ont reçu les mêmes soins de base : des exercices et une formation sur la prise en charge de l’arthrose dispensés par des thérapeutes de la clinique de médecine sportive Fowler Kennedy.
« Le groupe qui a reçu ces soins en plus de la chirurgie a connu les améliorations les plus importantes, quoique le groupe non opéré ait aussi enregistré des améliorations significatives sur le plan clinique au niveau de la douleur et de la fonction », précise le chercheur.
Trevor Birmingham.
Photo : Western University
Les articulations aiment bouger, même lorsqu’elles sont affectées par l’arthrose, il est donc bon de rester actif, ajoute-t-il. Ce type d’intervention incite les gens à poursuivre leurs activités. »
Joindre le geste à la parole
Il y a environ dix ans, Trevor Birmingham a lui-même subi une ostéotomie tibiale haute, car son axe en varus le prédisposait davantage à souffrir d’arthrose du genou. Mais ce n’était pas son seul facteur de risque.
« Jeune, j’ai eu une déchirure du ligament croisé antérieur qui a nécessité une chirurgie reconstructive, explique-t-il. La déchirure de ce ligament est une blessure fréquente du genou, particulièrement chez les jeunes personnes actives. C’est également l’un des facteurs de risque les plus importants pour le développement de l’arthrose. »
Trevor Birmingham savait donc déjà, il y a 30 ans, qu’il présentait deux facteurs de risque importants liés à l’arthrose du genou. C’est ce qui a renforcé son intérêt pour le sujet en tant que physiothérapeute et biomécanicien.
Le chercheur est bien conscient que les ostéotomies tibiales hautes ne donnent pas toutes des résultats aussi positifs que les siens. Les essais cliniques ont révélé qu’environ 7 % des participantes et participants ont subi des effets indésirables à la suite de l’ostéotomie tibiale haute – certaines et certains ayant même dû se faire opérer à nouveau.
« Je ne fais pas partie du groupe participant aux essais cliniques, explique M. Birmingham, mais j’ai moi-même bénéficié d’une ostéotomie tibiale haute et je vais bien dix ans plus tard. On peut donc dire que non seulement je prêche la bonne parole, mais que j’ai aussi joint le geste à la parole. »
Vous voulez en savoir plus?
Pour en savoir plus sur les recherches menées au Wolf Orthopaedic Biomechanics Lab, visitez son site Web (en anglais). Pour en savoir plus sur l’ostéotomie tibiale haute, lisez un article au sujet de l’étude de Trevor Birmingham paru dans Western News (en anglais) ou un article publié dans le Journal de l’Association médicale canadienne (en anglais) qui évalue les cas d’arthroplasties du genou à la suite d’une ostéotomie tibiale haute.