Rendre les écoles sûres : le rôle central des adultes


De nouvelles recherches menées au Canada aident le personnel enseignant à prévenir l’intimidation chez les enfants

Date de publication : 2026-09-01 12:00:00

Un garçon adossé à un casier pleure dans un couloir d’école.

Photo : andresr


Chaque mois de septembre, des millions d’enfants au Canada reprennent le chemin de l’école, trimballant sac à dos, boîte à lunch et l’espoir de vivre de nouvelles aventures.

Mais plusieurs transportent un fardeau beaucoup plus lourd que n’importe quel livre : la peur.

« Pour trop d’enfants et de jeunes au pays, l’intimidation demeure un problème très concret et fréquent à l’école », déplore Deinera Exner-Cortens (en anglais), titulaire de la chaire de recherche du Canada en promotion de la santé infantile et professeure agrégée de psychologie à l’University of Calgary.

En effet, une récente étude canadienne indique que dans une classe de 35 élèves, on peut en compter jusqu’à 12 ou 13 qui subissent ou font subir de l’intimidation.

L’intimidation n’est pas un rite de passage. Pour Mme Exner-Cortens, il s’agit plutôt d’un problème de santé publique entraînant des conséquences qui durent toute la vie.

« Le stress qui vient avec l’intimidation peut causer des changements épigénétiques. Les enfants le vivent dans leur corps même. »

Grâce au soutien du Programme des chaires de recherche du Canada, Mme Exner-Cortens et son équipe de l’University of Calgary aident les écoles à prévenir l’intimidation au lieu de simplement réagir après coup.

« Les écoles devraient être des lieux inclusifs où chaque élève se sent bien, et celles qui ne s’attaquent pas activement à l’intimidation n’atteindront jamais cet idéal. »

Une injustice à combattre

Over the Bridge, After Wiseguyz, œuvre d’une personne participant au HOPELab.

Photo : Merman


Mme Exner-Cortens a commencé sa carrière en se posant une question en apparence toute simple : qu’est-ce qui explique la violence, et comment la prévenir?

« Pour moi, la violence et l’intimidation touchant les jeunes étaient un phénomène profondément injuste, et je voulais contribuer à trouver des solutions », se souvient-elle.

Aujourd’hui, elle dirige le HOPELab (en anglais) de l’University of Calgary et est directrice scientifique de PREVNet, le réseau national de mobilisation des connaissances sur la prévention de l’intimidation et de la violence dans les relations amoureuses à l’adolescence. En outre, elle collabore avec des étudiantes et étudiants des cycles supérieurs, des chercheuses et chercheurs de niveau postdoctoral et du personnel de recherche pour mieux comprendre l’intimidation et transformer les résultats de recherche en solutions concrètes pour les écoles et le personnel enseignant de tout le Canada.

Au-delà de la méchanceté

Pendant des décennies, on a eu tendance à traiter les cas d’intimidation comme des conflits entre élèves, mais pour Mme Exner-Cortens, cette approche contourne le vrai problème.

« Ce n’est pas simplement de la méchanceté gratuite chez l’enfant, nuance-t-elle. Les jeunes qui recourent à l’intimidation exploitent de manière intelligente et stratégique les déséquilibres de pouvoir social pour gagner en popularité et obtenir ce qu’elles et ils veulent. »

Ces déséquilibres de pouvoir sont souvent liés à la race, au genre, à un handicap, à l’orientation sexuelle ou à l’apparence corporelle. Ainsi, ce type d’intimidation fondée sur l’identité reflète les grandes inégalités qu’on observe en classe et ailleurs, d’où la nécessité pour les écoles de changer leur approche.

« Pour contrer l’intimidation, nous travaillons avant tout avec les adultes, qui doivent être capables de reconnaître les cas problématiques, d’aider les élèves à prendre conscience de la situation, d’intervenir et d’y mettre fin. »

« Lorsqu’on demande à des enfants victimes d’intimidation de résoudre le problème seuls, on les place dans une position très difficile vu le déséquilibre de pouvoir qui caractérise la relation avec l’autre », explique-t-elle.

Un premier pas simple : reconnaître l’intimidation

Selon Mme Exner-Cortens, le personnel enseignant doit être constamment sur le qui-vive.

« Lorsqu’on remarque un enfant qui est toujours à part ou un peu renfermé, il faut regarder de plus près et poser des questions. Les adultes ont un rôle absolument crucial. »

D’ailleurs, les recherches de son équipe ont déjà des retombées en classe.

Dans le cadre des activités de PREVNet, cinq équipes de recherche de partout au Canada, de concert avec des enseignantes et enseignants, ont élaboré une formation pour contrer l’intimidation fondée sur l’identité ainsi que des ressources pédagogiques. Ces outils ont pour but d’aider le personnel enseignant à détecter les cas d’intimidation, à se questionner sur les préjugés inconscients et à créer un environnement d’apprentissage plus inclusif.

After Wiseguyz, œuvre d’une personne participant au HOPELab.

Photo : Jeff Grizzly


« Pour intervenir, il faut d’abord reconnaître l’intimidation. Sans une connaissance des dynamiques de pouvoir à l’œuvre, on peut facilement rester aveugle à ce qui se passe. »

Il ne s’agit donc pas simplement de réagir à l’intimidation, mais bien d’instaurer dans les écoles une culture qui décourage d’emblée ces comportements.

« Porter un chandail rose une journée pour sensibiliser les gens à l’intimidation, ce n’est pas assez, estime-t-elle. Il faut que ce soit une préoccupation de tous les jours, dans chaque classe. »

Des recherches qui débordent du cadre scolaire

L’enjeu est d’autant plus crucial que maintenant, la technologie et les médias sociaux prolongent l’intimidation jusqu’à la maison.

Selon Mme Exner-Cortens, l’intimidation n’est pas un enjeu strictement social ou éducationnel, mais plutôt un problème de santé publique. Elle évoque d’ailleurs une récente recherche (en anglais) qui montre que l’intimidation peut avoir des répercussions durables sur la santé mentale et physique, en plus d’augmenter le risque de souffrir d’anxiété, de dépression ou de maladie chronique, et même de mourir prématurément à l’âge adulte.

« Nous savons qu’elle entraîne de lourdes conséquences sur la santé. Ce fardeau est aussi inéquitable, vu que les personnes marginalisées sont bien plus affectées. C’est pourquoi le financement soutenu de la recherche est très important, car nous avons besoin de vraies solutions. »

Des écoles où chaque enfant se sent bien

En ce début d’année scolaire, Mme Exner-Cortens espère que le personnel enseignant considérera la prévention de l’intimidation comme autre chose qu’une simple responsabilité de plus. Selon elle, cet élément est au cœur de la raison d’être de l’école.

« La prévention de l’intimidation doit faire partie de la mission fondamentale et des politiques de chaque école, insiste-t-elle. Tout comme les mathématiques, la lecture et l’écriture, la promotion d’un environnement sûr et bienveillant doit être intégrée au programme, tous les jours. »

Parce que pour elle, chaque enfant devrait prendre le chemin de l’école rempli d’espoir, non pas avec la peur au ventre.

« Aucun élève ne devrait redouter l’école », conclut-elle.

Vous voulez en savoir plus?

PREVNet propose une formation en ligne sur l’intimidation fondée sur l’identité pour le personnel enseignant, des ressources pédagogiques sur l’intimidation fondée sur l’identité ainsi qu’une page d’informations et de solutions.